Du soulagement par le so(i)n
Pas facile de résumer ce que l’on ressent quand on sort de 24h de garde en réanimation/soins intensifs dans un CHU exposé à la pandémie du SARS-CoV2. Les patients affluent toute l’année dans nos services et tous les soignants sont formés à faire face à l’urgence sanitaire. Pour autant, après 7ans passés dans cette magnifique spécialité, je n’ai jamais ressenti autant d’émotions puissantes et contraires. Quand les patients nous échappent, les remords nous emparent et un sentiment de culpabilité pointe parfois le bout de son nez. La désolation succède aussi à la peur et à la colère. De nature optimiste, j’ai pourtant tendance à retenir les points positifs de cette crise. Cette nuit, un infirmier m’a expliqué qu’il avait quitté son poste libéral en ville pour venir renforcer les équipes soignantes. J’ai aussi compris que certaines surblouses que j’ai enfilées pour rentrer dans les chambres des patients contagieux avaient été cousues par des volontaires (parfois des ingénieurs du CHU) sur leur temps libre pour soutenir l’effort matériel. Toutes nos consommations ont été démultipliées, la quantité de médicaments, de respirateurs, de tenues de protections a explosé. Personne n’a pu envisager l’ampleur de cette vague quand un nouveau virus a été découvert fin 2019 à Wuhan en Chine, moi le premier. Dans une situation de crise, on apprend très vite en anesthésie-réanimation à dérouler mentalement des check-lists rigoureuses, validées dans le monde entier, comme les pilotes le font dans un cockpit d’avion. C’est de cette façon qu’on garde les idées claires et qu’on identifie rapidement les problèmes pour les corriger. Actuellement, on crée chaque jour et chaque nuit nos propres check-lists car très peu de recommandations fiables ont pu être éditées du fait de l’absence de données de grande envergure dans la littérature médicale.
Ce blog raconte au jour le jour les pensées d’un soignant pris au milieu d’une tourmente qui laissera des traces sur notre société…j’espère aussi en bien.