Après 15jours passés dans un secteur COVID du service de réanimation médicale de mon hôpital, je suis affecté cette semaine dans un secteur COVID conventionnel, c’est-à-dire sans les machines et les médicaments spécifiques aux soins intensifs. Les patients y sont moins « lourds » et nécessitent une surveillance moins rapprochée. Dans le cas du COVID-19, ils souffrent d’une pneumopathie infectieuse au virus SARS CoV-2 mais n’ont pas besoin d’être placés sous ventilation invasive (=sonde d’intubation dans la trachée reliée à un respirateur mécanique), en tout cas pas initialement car la situation évolue très vite avec cette pathologie et les transferts urgents vers les secteurs de réanimation/soins intensifs sont fréquents
Nous partageons un service de 20lits avec un médecin pneumologue et des internes dévoués et efficaces. En voyant le tableau des présences, je suis rassuré par l’existence de lits disponibles, la dynamique d’admissions de nouveaux patients est clairement à la baisse depuis la semaine 14, le confinement commence à porter ses fruits. Comme en réanimation, les visites des familles sont drastiquement limitées. Les patients en souffrent et l’expriment, surtout quand ils ne se sentent pas vraiment essoufflés ou épuisés. Cette maladie est étonnante, elle reste souvent peu symptomatique malgré les signes évidents d’hypoxie (=manque d’oxygène au niveau des tissus de l’organisme), l’isolement en hospitalisation est donc difficile à accepter et on ne peut que comprendre les malades qui s’en plaignent.
C’est surtout pendant cette semaine que j’ai pris conscience du caractère « prolongé » de cette nouvelle épidémie. Elle ne sera pas « passagère » et je crains qu’elle s’installe dans la durée, probablement des années. Le clin d’oeil historique est cynique puisque le vieux bâtiment dans lequel je travaille cette semaine a été construit dans l’entre-deux-guerres pour isoler les patients contagieux de la tuberculose en dehors de la ville de Lille. C’était donc initialement un hôpital-sanatorium, dont la direction prévoyait sa fermeture à court terme du fait de la construction d’un tout nouveau bâtiment juste en face de l’ancien. La pandémie en a décidé autrement, cette vieille bâtisse a ainsi brusquement retrouvé son rôle d’hôpital pour patients contagieux. Le responsable médical de ce bâtiment de plus de 100 lits conventionnels dédiés à l’accueil de malades du COVID-19 me l’a clairement fait entendre : cette nouvelle activité n’est pas prévue pour s’arrêter bientôt, il va falloir vivre avec cette maladie contagieuse et réorganiser le fonctionnement de notre système de santé, peut-être de notre économie et donc de notre société.
