« Seutch euh plézir »

Ma découverte du groupe français « Her » est le fruit du hasard. Le lundi 29 février 2016, après une journée au bloc, j’avais prévu d’ aller au concert de Foals au Zénith de Lille. Je n’ai pas besoin de le préciser ici, ce groupe anglais est fantastique et j’attendais leur concert avec impatience. En arrivant sur place, je me suis rué vers le bar pour acheter une bonne pinte de bière, en bon Nordiste qui se respecte. La première partie avait déjà commencé et je ne connaissais pas le nom du groupe (« Her, c’est quoi ça? C’est pas du rock, ça doit être un groupe local tout moisi ») donc je suis resté accoudé au bar pour discuter au calme.

Je me souviens très bien qu’en parlant, je me suis mis à regarder de plus en plus vers la scène, j’étais captivé par le bassiste du groupe, un dreadeux qui se secouait dans tous les sens alors que j’entendais à peine le rythme des morceaux. Je me suis rapproché et j’ai entendu distinctement la voix des 2 leaders du groupe originaire de Rennes. Le premier, Victor, était plein d’assurance et chantait d’une voix puissante, comme un soul-man habillé en costard à bretelles. Le deuxième était plus introverti, moins tapageur mais étonnant car il avait l’air de « revivre » sur scène et de se mettre en transe.

Je n’arrivais alors pas à décrire cette alchimie mais le résultat était unique. En fait ce groupe mêlait de l’électro minimaliste et « down-tempo » mais aussi (et surtout!) des influences gospels et soul totalement assumées. C’était dingue, un vrai coup derrière la tête alors que je ne m’attendais pas du tout à ce genre de style dans un Zénith en première partie d’un groupe de Rock anglais. Le public était en feu, tout comme moi, ces 2 gars là avaient une présence scénique et un talent qui me laissent encore sur le cul en y repensant.

En rentrant chez moi, je me suis mis à écouter en boucle leur premier EP pendant l’année qui a suivi.

Puis est arrivé l’été 2017. Pendant un séjour à Ibiza, je me souviens très bien avoir eu un choc en recevant une notification sur mon iPhone : « Simon Carpentier, moitié du groupe Her, est mort le 13 août des suites d’un cancer ». Attendez, ce génie était malade depuis tout ce temps en fait?? C’est pour ça qu’il donnait tout en concert , comme si c’était le dernier? En plus il est mort à 27ans, comme beaucoup de génies de l’histoire de la musique, le fameux « club des 27 » avec Jimi Hendrix, Jim Morrison et toute la clique.

Dans mon métier, je suis confronté à la mort toutes les semaines, mais là ça m’a touché. La musique était une échappatoire pour Simon qui lui permettait sans doute de supporter le poids de sa maladie et de son injustice (franchement qui s’imaginerait mourir d’un cancer à 27ans?). En créant une musique de génie qui lui survivra, Simon Carpentier nous a fait un magnifique cadeau et je me lasse pas de regarder les enregistrements en live de leurs concerts, dont celui du morceau iconique « Five Minutes » au Moth Club de Londres. A 3min35sec, Simon a une joie tellement communicative en communiant avec le public que ça me file des frissons à chaque fois que je regarde cette vidéo.

Comme il le dit si bien, c’est « Seutch euh plézir » de partager ces moments de pur joie, avec son bon accent breton !

Dopamine

La semaine dernière, j’ai assisté à une autopsie d’un patient de 40ans qui est décédé d’une pathologie cérébrale foudroyante et dont je n’ai pas eu le temps de comprendre sa nature exacte. Quand le légiste a extrait le cerveau pour en faire des prélèvements, j’ai médité sur cet organe qui est une machine fantastique et tellement complexe. Il est l’aboutissement de millénaires d’évolution de la vie pour arriver à des mammifères capables de communiquer, d’agir avec des plans précis et calculés…et capables de rédiger un article de blog sur ce sujet 😉

La principale fonction du cerveau est de garder l’organisme qui l’héberge en vie et en état de se reproduire. Il n’est donc pas surprenant de constater que les systèmes de notre cerveau qui influencent le plus nos comportements sont ceux qui nous permettent de satisfaire nos besoins vitaux (manger, boire, se reproduire, se protéger).

D’abord, en réponse à un stimulus, notre cerveau nous incite à l’action pour satisfaire un besoin. C’est par exemple la faim qui nous pousse à nous faire à manger quand le taux de glucose diminue dans notre sang. Cette année 2020 nous a confronté à l’isolement et nous a fait ressentir le manque de rencontres, ce besoin de socialisation plus spécifiquement humain.

Le puissant cycle « désir – action – satisfaction » est modulé par la dopamine, ce neuro-transmetteur responsable du sentiment de « récompense » qui vient mettre un terme à l’action… jusqu’à ce qu’un nouveau signal ne viennent redéclencher un désir. Les comportements utiles à notre survie sont donc sous contrôle de ce cycle infini qui permet à l’organisme de maintenir son intégrité.

Il paraît que le fait d’écouter de la musique stimule la production de dopamine par le cerveau, vous êtes d’accord avec moi qu’on ressent de la satisfaction non ? Et bien voici un morceau du collectif londonien « Franc Moody » qui est la contraction des 2 leaders : Ned Franc et Jon Moody. On peut dire qu’ils maîtrisent parfaitement les clés du groove et du funk pour nous faire ressentir les joies de la dopamine ! Le morceau s’ouvre sur une ligne de basse jouée en slap, accompagnée au clavier par Jon. L’enchaînement se fait progressivement vers la voix de Ned ponctuée de quelques accords joués sur son Epiphone SG.

Le relargage de dopamine atteint son sommet à 3min05sec avec un festival de sourires et de prise de plaisir par les membres du groupe, ça se voit immédiatement et c’est contagieux, les concerts comme ça me manquent ! Vivement la fin de cette pandémie de merde… pour retrouver un taux de dopamine correct 😉

Eloge de la folie

En ce temps troublés, sinistres, moroses (on peut dérouler tous les synonymes, ça marche à chaque fois!), il faut suivre le précepte d’Erasme et rendre hommage à des fous.

Marc Rebillet fait partie de ces artistes « timbrés », mais qu’est-ce qu’il est bon putain! Il poste toujours des vidéos de lui dans sa chambre, souvent en caleçon et hurlant dans son micro, avec son home-studio qui lui permet de composer au fur et à mesure de son inspiration.

Profitez de cette petite leçon de funk pour oublier la fermeture des pistes de danse et bouger comme des cons devant votre écran, ça fait du bien merde!

Un travail d’équipe

La prise en charge initiale d’un patient en soins intensifs, c’est un peu comme un ballet. Tout est protocolisé, optimisé pour agir le plus vite et le plus efficacement possible. Dans une chambre de réa comme dans un studio musical, tout repose sur la synchronisation entre les différents intervenants et sur l’interdépendance de chacun avec le groupe. On peut être le meilleur soliste, ça coincera quand même si le rythme général ne suit pas. Les infirmier.ère.s se chargent de perfuser et de prélever les échantillons sanguins, les aide-soignant.e.s d’équiper et d’installer le patient dans son nouvel environnement. L’un des médecins se désigne comme « team leader » pour synchroniser l’ensemble.

En musique, on appellerait ça une « partition » dont le chef d’orchestre imposerait le tempo et rattraperait les différents retards/avances de chacun.

Pendant le premier confinement, j’ai beaucoup regardé un long enregistrement en studio du groupe australien « Parcels », basé aujourd’hui à Berlin. Je reste fasciné par la perfection de leur travail d’équipe, chacun est concentré sur sa tâche mais regarde constamment le reste des membres pour s’assurer que tout reste « calé ».

À partir de 3’15, le titre Myenemy démarre. J’aime bien ce clin d’oeil, on pense forcément à notre ennemi commun qui nous empêche de sortir dans les bars et qui submerge nos services hospitaliers. Bref, dans ce studio visiblement on peut continuer à boire des bières, et même tapper dessus pour créer une percu (voir 3’32).

La transition avec le morceau suivant à 6’45 est magnifique, toute en douceur à la Stratocaster de Jules Crommelin. Je dis ça parceque jsuis dingue de cette guitare, j’ai la chance d’en avoir une et j’me lasse pas d’utiliser son tremolo, comme Jules dans ce solo. Tout ça pour dire que les solos sont parfaits tout au long de l’enregistrement parce que le reste de l’équipe les subliment par des arrangements et permettent d’atteindre ce niveau global. Il suffit de regarder l’alternance des 2 guitaristes pendant l’interlude de Tightenup à 17’30, le tout soutenu par le clavier et la basse, pour finir d’être convaincu.

Dernier clin d’oeil à la difficile période que l’on vit actuellement où tout doit nous être livré à domicile pour limiter les contacts, le groupe s’appelle « Parcels » qu’on traduirait par « Colis ». C’est Amazon qui sera content!

Plaisir coupable

« Ecouter de la musique commerciale à la radio, c’est vraiment un truc de beauf ». Enfin ça, c’est ce que je dis pour passer pour un connaisseur, ça fait très snob en vrai.

Faut avouer que la soupe qui passe à longueur de journée sur NRJ, Fun Radio et j’en passe, bah ça vend pas du rêve en terme de composition musicale. La variété française avec une nana (inconnue 1 an auparavant) qui chante « allez viens on s’aime et on s’en fout » avec un vieux refrain qui te reste dans la tête malgré tout, c’est soulant !

Pourtant, je tombe parfois sur des enregistrements d’artistes que je cataloguais initialement dans cette « pop mainstream » et qui me foutent une claque. C’est encore plus difficile à reconnaître quand ça vient d’un.e artiste que je considérais comme inintéressante et dépourvue de tout talent artistique.

La chanteuse Dua Lipa fait partie de cette catégorie d’artistes pop qui cartonnent partout dans le monde, avec toujours la même recette d’un style vestimentaire tapageur (genre fluo, avec des cheveux colorés et tout), des chorégraphies sexy et des mélodies simplistes qui font mouche pour danser dans un mariage ou au Stairway à Lille à 5h du mat’ (toi même tu sais)

Quand je suis tombé sur la session de son Tiny Desk Concert (encore une fois, cette émission est une référence pour moi), reconfigurée en « home session » dans le contexte actuel de pandémie, je suis tombé sous le charme de cet ensemble de 4 choristes, d’un bassiste et d’un guitariste. C’est simple, efficace, groovy et la voix de Dua Lipa est étonnamment puissante et juste dans ce registre.

Alors oui je le reconnais, cette session live et surtout son titre « Pretty please » sont clairement mes « guilty pleasures » ou « plaisirs coupables » du moment.

2e vague

Raz-de-marée / Tidal Wave

Ce petit malin de SARS-CoV-2 nous a laissé plutôt tranquille cet été 2020, mais il est reparti à l’attaque à l’automne. Ce qui était prévu comme une « marée montante » s’est transformé en « raz-de-marée » obligeant nos dirigeants à décrêter de nouvelles mesures de restrictions de circulation. Dans mon service de réanimation, on s’en est pris plein la gueule en quelques jours puisque nos 20 lits habituels ont été rapidement occupés par des patients COVID19 en état critique, on a donc augmenté notre capacité à 38 lits (27 pour des patients COVID et 11 pour les autres patients qui occupent nos services de soins intensifs en temps normal). J’ai donc pas trop eu le temps d’écrire de nouveaux articles sur ce blog.

Je ne vais pas rentrer dans les détails de ce qui s’est passé pendant cette période dans nos hôpitaux mais nos nerfs des soignants ont été grandement éprouvés par l’afflux de malade mais aussi par l’absence de perspective d’amélioration (des patients et de la situation globale de la pandémie) et par des commentaires parfois haineux sur les réseaux sociaux , entre complotisme et raz-le-bol général.

Pour se changer les idées et s’évader vers des contrées plus relaxantes, je vous propose d’écouter une fois de plus le tandem Tom Misch / Yussef Dayes avec leur titre « Tidal Wave » justement…

Semaine 16 (Avril 2020)

Après 15jours passés dans un secteur COVID du service de réanimation médicale de mon hôpital, je suis affecté cette semaine dans un secteur COVID conventionnel, c’est-à-dire sans les machines et les médicaments spécifiques aux soins intensifs. Les patients y sont moins « lourds » et nécessitent une surveillance moins rapprochée. Dans le cas du COVID-19, ils souffrent d’une pneumopathie infectieuse au virus SARS CoV-2 mais n’ont pas besoin d’être placés sous ventilation invasive (=sonde d’intubation dans la trachée reliée à un respirateur mécanique), en tout cas pas initialement car la situation évolue très vite avec cette pathologie et les transferts urgents vers les secteurs de réanimation/soins intensifs sont fréquents

Nous partageons un service de 20lits avec un médecin pneumologue et des internes dévoués et efficaces. En voyant le tableau des présences, je suis rassuré par l’existence de lits disponibles, la dynamique d’admissions de nouveaux patients est clairement à la baisse depuis la semaine 14, le confinement commence à porter ses fruits. Comme en réanimation, les visites des familles sont drastiquement limitées. Les patients en souffrent et l’expriment, surtout quand ils ne se sentent pas vraiment essoufflés ou épuisés. Cette maladie est étonnante, elle reste souvent peu symptomatique malgré les signes évidents d’hypoxie (=manque d’oxygène au niveau des tissus de l’organisme), l’isolement en hospitalisation est donc difficile à accepter et on ne peut que comprendre les malades qui s’en plaignent.

C’est surtout pendant cette semaine que j’ai pris conscience du caractère « prolongé » de cette nouvelle épidémie. Elle ne sera pas « passagère » et je crains qu’elle s’installe dans la durée, probablement des années. Le clin d’oeil historique est cynique puisque le vieux bâtiment dans lequel je travaille cette semaine a été construit dans l’entre-deux-guerres pour isoler les patients contagieux de la tuberculose en dehors de la ville de Lille. C’était donc initialement un hôpital-sanatorium, dont la direction prévoyait sa fermeture à court terme du fait de la construction d’un tout nouveau bâtiment juste en face de l’ancien. La pandémie en a décidé autrement, cette vieille bâtisse a ainsi brusquement retrouvé son rôle d’hôpital pour patients contagieux. Le responsable médical de ce bâtiment de plus de 100 lits conventionnels dédiés à l’accueil de malades du COVID-19 me l’a clairement fait entendre : cette nouvelle activité n’est pas prévue pour s’arrêter bientôt, il va falloir vivre avec cette maladie contagieuse et réorganiser le fonctionnement de notre système de santé, peut-être de notre économie et donc de notre société.

Repos de garde pendant la 1ère vague

Après 24h passées en Réanimation au CHU, je rentre me confiner, comme tout le monde en ce moment. Ma femme était aussi de garde aux urgences pédiatriques et nous partageons nos histoires, parfois drôles, parfois horribles. C’est une façon de relâcher la pression quand on est crevés et qu’on a accumulé des frustrations et/ou des périodes de rush. La quarantaine, ça a du bon. Je vais pouvoir gratter ma guitare et slapper ma basse, en suivant des partitions que j’ai récupérées de ça et de là. Mon plaisir musical, qui dépasse de loin tous les autres, c’est écouter et jouer des rythmes de blues, de jazz, de funk, de hip-hop en pensant à tous les artistes qui m’ont fait rêver. J’adore ceux qui mêlent toutes ces bonnes « vibrations » des gammes pentatoniques, qui y ajoutent parfois la fameuse blue note, et qui prennent le meilleur dans chaque style. Keith Richards en fait partie, bien sûr, mais les rappeurs comme Mac Miller aussi. Dommage qu’il soit mort si jeune il ya 2ans. Avec son pote bassiste Thundercat, ils m’ont rendu dingue dans une session des Tiny Desk Concerts de la National Public Radio américaine.

Dans le morceau « What’s the use? » (à partir de 5’40 » sur la vidéo ci-dessous) la ligne de basse de Thundercat est juste incroyable, un groove imparable. Cette ligne, elle te fait remuer immédiatement, et c’est exactement ce dont j’ai besoin après une nuit à l’hôpital.

Du coup, je checke mes playlists sur Youtube et les vidéos postées par les artistes que je surveille. Et là, c’est le coup de bambou : Tom Misch a sorti un nouvel enregistrement en mélangeant la ligne de basse du morceau précédent de Mac Miller avec un classique de Luther Van Dross, le tout dans sa chambre avec, visiblement, une petite pédale de loopstation.

Vous connaissez pas ce Londonien? C’est un génie, ya pas d’autre mot, il a une telle inspiration que ç’en est rageant! C’est lui qui est à la tête de la nouvelle vague de jazz fusion et de nu-soul UK. Et bah ce mec, aussi génial qu’il soit, est confiné comme moi dans son appartement, et il en fait profiter ses fans. Avec ses Quarantine Sessions, il revisite des classiques du genre, c’est sidérant de simplicité mais pourtant tellement efficace et bien senti, la marque des grands! Et encore, il chante pas, sinon ça aurait été encore meilleur…

Pour les plus intéressés d’entre vous, allez vous régaler sur les vidéos « live » magnifiquement mises en scène avec le batteur de jazz (exceptionnel lui-aussi) Yussef Dayes, notamment « Lift Off ». C’est de l’or en barre.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer